9.4.11

Une réflexion de mi-

12 avril, la mi-fellow est maintenant derrière moi. La mi-temps, moment où les joueurs rentrent au vestiaire pour se dire les quatre vérités et se préparer à l’ultime période de jeu. Le mi-mandat, moment de vérification des promesses et divers plans de match pour continuer ou rajuster le tir. La mi-fellow, un instant de rétrospective

Les quatre couches du fellowship

Je vais analyser cette expérience comme s’il s’agissait de la sommation de quatre couches, indépendantes les unes des autres et à la fois interdépendantes. Débutons comme les ondes, débutons au centre…

Le noyau : l’anesthésie pédiatrique

On me dira que l’Amérique du Nord donne une expérience plus concrète, plus adéquate, plus scientifiquement valable que l’Europe… Pour l’organisation, je ne peux nier qu’il y a dissociation entre l’organisation des curriculums (en DIU) et le travail hospitalier. Par contre, la discussion, la variété des cas, la complexité de ceux-ci ne sont pas en reste. De plus, la débrouille prime et le matériel dans le système public est souvent limité, contrairement au système américain. Une défaillance d’un point de vue qui devient une force pour qui sait l’exploiter.

Ainsi, l’expérience professionnelle, si l’on considère le noyau qu’est l’anesthésie, est particulière et irremplaçable. M’apprendra-t-elle autant que je l’aurais aimé? Probablement pas, on aimerait tous sortir du fellow blindé, sûr et parfait : mais quelques mois ne peuvent remplacer l’acquisition de quelques années…

La seconde couche : la situation professionnelle

Un peu plus amère comme couche, celle-ci comprend toute la situation professionnelle qui entoure l’acte lui-même. Statut d’étranger dans un système particulièrement différent d’un point de vue idéologique, ce n’est guère facile pour son propre sens éthique ou pour son ego de professionnel.

L’apprentissage de l’inefficience à la Marseillaise est difficile : il ne faut pas confondre culture et mauvaise volonté. Des dossiers non centralisés, souvent incomplets et inaccessibles en dehors des heures de bureau, des praticiens souvent démunis face à la complexité du système et des pathologies, des suivis erratiques par la situation géographique, des coursiers qui disparaissent 15 min avant la fin de leur quart ou pendant le quart s’il y a match… C’est la culture marseillaise, l’assistance publique est gérée selon un grand principe : c’est un organisme ingérable! Vous lancez une idée et s’il y a adhésion suffisante, cela se fera mais inutile de tenter la persuasion ou l’explication, ce n’est ni la logique ni la force d’un projet qui en détermineront le succès parmi les employés.

La seconde couche, la plus difficile et celle qui me pose encore le plus de soucis et de grincements de dents!

La troisième couche : le social

Ah là, quelle expérience humaine de se retrouver dans un environnement dont une bonne partie de la société a une éducation et des balises socioculturelles différentes des vôtres! Bon, la différence n’est pas majeure (quoique parfois, à Marseille…) mais cette rencontre de l’autre est un point central à conserver, à explorer, à retenir. Éviter le jugement est difficile mais pas impossible si l’on accepte, malgré l’accent bien reconnaissable, l’espace d’un moment, de devenir partie de ce magma et de discuter avec les gens du boulot, de la rue sans comparaison aucune. De discuter de la vie d’Endoume, de Marseille, des Bouches-du-Rhône, de discuter du présent sans présumer ou se soucier du passé… Alors là, les amis, justement, c’est ce moment où l’on trouve ses amis et où l’on se découvre plus que jamais!

La dernière couche : les voyages!

Cette partie fait rêver, fait haïr ou porte un préjugé négatif sur la qualité du noyau. Et pourtant, partie infime, agréable mais secondaire. On en profite par proximité, mais aller à Barcelone n’est pas différent d’aller à Québec pour un week-end, et bien que pour nous cela semble exotique, traverser la France n’est pas plus long que se rendre à Toronto, Windsor ou New York… La proximité, c’est tout, mais c’est tellement plus facile et agréable à raconter que les journées de boulot, de farniente sur la plage ou devant la télé ou de marche dans les Calanques, à 30 minutes d’auto…

Voici un peu mes réflexions, décousues comme je le suis souvent, mais servies avec un grand sourire et un rire tonitruant comme diraient certains de mes collègues ici! J’ai bien hâte de vous raconter tout en détail, avec renfort d’illustrations, à mon retour dans ce pays où vivent tant de gens que j’aime tant!

1 commentaire:

  1. Ca me rappelle bien mon fellow à Paris.
    Je l'apprécie mieux, avec la distance du retour.
    Un peu de savoir neuf, une exposition clinique extraordinaire, mais surtout une année unique grâce aux voyages: Malaga, Granada, Barcelone, Bruxelles, Prague, Vienne, Varsovie, Londres, Florence, Pise, Budapest... Une "sabbatique" que je n'aurais jamais pris sinon.
    Profites bien de la 2e mi-.
    Michelle

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